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Allocutions

Madame Marie Montpetit ministre de la Culture et des Communications et ministre responsable de la Protection et de la Promotion de la langue française.

Allocution de madame Marie Montpetit
Ministre de la Culture et des Communications et ministre responsable de la Protection et de la Promotion de la langue française


À l'occasion de la remise des Prix du Québec 2017

Québec, le 1er novembre 2017

Le texte prononcé fait foi


Distingués invités,

C’est un plaisir d’être ici aujourd’hui pour vivre avec vous l’effervescence de la cérémonie de remise des Prix du Québec.

Le 40e anniversaire de la plus haute distinction remise au nom du peuple québécois est des plus significatifs pour les récipiendaires des Prix du Québec culturels 2017.

En effet, tous cumulent plus ou moins autant d’années au cours de leur carrière respective. Ces personnes qui prennent place devant vous méritent notre fierté.

Chacune à leur façon, elles ont marqué la scène culturelle. Leur empreinte va d’ailleurs bien au-delà du Québec et du milieu dans lequel elles continuent d’évoluer.

Le prix qu’elles recevront aujourd’hui s’inscrit dans la continuité de celles qui les ont reçus avant elles et des éponymes, qui leur ont donné leur nom, et ce, depuis Athanase David, instigateur des Concours littéraire et scientifique, fondateur des Prix du Québec.

Leur candidature a été choisie parmi le plus grand nombre de candidatures jamais reçues aux prix culturels, et ce, par des jurys formés de pairs issus du même domaine.

Cette année encore, ces jurys ont dû choisir chacun un seul récipiendaire parmi des candidatures de très haut niveau. Au final, les choix qui ont été faits nous permettent aujourd’hui de rendre hommage à des femmes et à des hommes formidables à plusieurs égards.

Mesdames et messieurs les récipiendaires des Prix du Québec, je souhaite que vous receviez le prix qui vous sera remis aujourd’hui comme une marque de reconnaissance du Québec tout entier à votre égard, mais également comme un encouragement à poursuivre votre route sur la voie de l’excellence.

Prix Ernest-Cormier - Éric Gauthier
Merci, Monsieur Derome.

Natif de Saint-Marc-des-Carrières, monsieur Éric Gauthier a été initié très tôt aux univers des entrepreneurs et des artisans du monde du bâtiment.

Il en a hérité la patience créatrice du tailleur de pierre ainsi qu’un vaste savoir sur les liens qui se tissent entre la vie et le bâti, la culture et les constructions de toutes natures.

Diplômé de l’École d’architecture de l’Université Laval, monsieur Gauthier a fait partie de la brillante relève des années 1980 qui désirait faire sa marque en laissant derrière elle rigueur et conformisme.

Pour lui, cela passait par de nouveaux dialogues entre les formes et les matériaux et une inspiration puisant librement dans la somme de toutes les écoles du patrimoine architectural.

Naturellement porté à conjuguer sensibilité et rationalité, il s’est rapidement illustré par sa grande ingéniosité.

Il cumule des centaines d’heures passées à la table à dessin à tenter un trait novateur, à proposer ici une transparence, là une courbe, plus loin une géométrie massive.

Ses pairs voient en lui un praticien ayant à cœur d’offrir à la communauté des bâtiments qui donnent une âme à un quartier, un village, une ville. En témoignent les nombreux prix et distinctions qui ont récompensé sa créativité et son esprit d’innovation.

Aussi, pour avoir, au sein de sa discipline, tiré le meilleur des traditions;

Pour saisir l’esprit des temps passé et présent et créer les tendances de l’avenir;

Pour avoir contribué à faire de sa discipline un lieu d’expression et d’exception pour la création québécoise en architecture;

Pour sa recherche constante de l’excellence au cours de sa carrière tout entière;

Pour avoir donné au Québec des constructions remarquables qui constituent en elles-mêmes des œuvres intemporelles;

J’ai l’honneur de remettre à monsieur Éric Gauthier le prix Ernest-Cormier 2017.

Prix Gérard-Morisset - Jean Simard
Merci, Monsieur Derome.

Jeune homme, monsieur Jean Simard a choisi d’embrasser l’histoire.

Il avait, pour ce faire, l’estime et l’encouragement d’un allié de taille dans ce choix de carrière : Gérard Morisset, celui-là même qui a donné son nom au prix qui lui est décerné aujourd’hui.

Monsieur Simard a œuvré sans relâche pour que soit révélé et transmis aux générations actuelles et futures un patrimoine québécois aussi riche que diversifié racontant la plus belle des histoires : la nôtre.

Avec patience et constance, il a parcouru le Québec afin d’établir de vastes corpus d’images, de lieux de culte, d’artefacts et de repères topographiques et identitaires tels les calvaires et croix de chemin qui jalonnent nos paysages et notre mémoire collective.

À ce travail colossal s’ajoute la mission d’éveilleur de conscience qu’il s’est donnée, entretenant avec ferveur de la valeur de notre patrimoine, en particulier celui, longtemps oublié, de la religion populaire.

Aussi, pour sa brillante carrière de chercheur qui, ayant « le Québec pour terrain », a contribué à faire de sa science une fascinante aventure intellectuelle, personnelle et intergénérationnelle;

Pour avoir mis sa patience et son éloquence naturelle au service de notre histoire et de notre identité culturelle;

Pour avoir transmis à la relève le désir de poursuivre son œuvre et de mettre en valeur l’histoire des femmes et des hommes qui ont vécu avant nous armés de courage et de spiritualité;

Pour une carrière consacrée à ancrer notre identité dans la continuité, à une époque étourdie par le nombre et la brièveté des modes.

J’ai l’honneur de remettre à monsieur Jean Simard le prix Gérard-Morisset 2017.

Prix Paul-Émile-Borduas - Jana Sterbak
Merci, Monsieur Derome.

Le prix Paul-Émile-Borduas récompense cette année madame Jana Sterbak pour la portée immense de son œuvre à l’esthétique magnétique, bouleversante, éclectique et décapante.

Ces qualités lui ont valu d’être reconnue sur la scène internationale comme une véritable représentante de l'art actuel.

Son style, éclaté de prime abord, est d’une profonde cohérence.

Qu’elle utilise la performance, l’installation, la photo, la vidéo, les techniques traditionnelles, les icônes scientifiques ou les objets industriels, elle situe toujours dans ses avatars la condition humaine comme questionnement central.

Créatrice soucieuse de ne s’interdire aucun médium, elle dispose néanmoins d’un matériau plus rare que le tritium et le platine : une imagination effervescente et infiniment féconde.

Cela lui procure un champ de création virtuellement infini dans lequel entrent sans arrêt des éléments impensés, des usages inédits et des propositions déroutantes, souvent empreintes d’un humour très fin destiné à ajouter du sens et à donner corps à l’expérience.

À l’instar de la robe de chair mondialement connue, plusieurs de ses œuvres sont devenues des classiques : le code barre tatoué, la caméra embarquée sur un chien en cavale ou encore le roc en forme de sac à dos.

Elle les a imaginées avant tous les artistes et internautes et ceux-ci les ont simplement reproduites ensuite.

Aussi, pour avoir exploré avec une perspicacité aiguë les vastes espaces de liberté situés aux frontières ténues entre licence et contrainte;

Pour sa quête des mille et un visages de l’aliénation humaine;

Pour avoir, à chaque fois, su démontrer que l’art et la poésie imprègnent notre monde, le plus souvent à notre insu;

J’ai l’honneur de remettre à madame Jana Sterbak le prix Paul-Émile Borduas.

Prix Athanase-David - Normand de Bellefeuille
Merci, Monsieur Derome.

À la fois écrivain, journaliste, critique, professeur, conseiller, éditeur, directeur littéraire et directeur de collection, Normand de Bellefeuille habite la vie littéraire québécoise depuis plus de quarante ans.
Originale, son œuvre repose sur un juste équilibre entre poésie intimiste et réflexion sur la littérature. Toute en finesse, elle explore en profondeur diverses thématiques, dont la mort, la féminité et la douleur.

Lorsqu’il déclare Le poème est mon état de santé, il faut le croire sur parole, car son art est celui des mots qui tour à tour guérissent et mettent à nu les maux de l’âme.

Empreintes de sensibilité, ses œuvres sont d’une facture singulière et unique, mais elles sont certainement plurielles dans le retentissement intérieur qu’elles appellent chez le lecteur.
Sa plume porte la fulgurance et l’excès de conscience des êtres vibrants qui ont choisi d’être, jusqu’au bout, pleinement vivants.

Aussi, parce qu’il a enrichi la littérature québécoise d’une quarantaine d’ouvrages maintes fois récompensés;

Parce qu’il a participé à la formation de nombre de lecteurs par l’entremise de l’enseignement de la littérature;

Et parce qu’à l’encre de sa plume, il a contribué à tracer une part de l’identité québécoise;

J’ai l’honneur de remettre à monsieur Normand de Bellefeuille le prix Athanase-David 2017.

Prix Denise-Pelletier - Louise Lecavalier
Merci, Monsieur Derome.

Depuis l’âge de 20 ans, Louise Lecavalier poursuit, par des interprétations magistrales, l’esprit même de la danse dans ses manifestations les plus admirables et les plus inclassables.

Lorsque, jeune femme, elle a embrassé d’une même fougue le ballet classique et les formes contemporaines émergentes, les chorégraphes se pressaient déjà pour lui proposer des rôles poussant toujours plus loin les limites du corps.

Ils ne furent pas déçus. Atteindre les limites, trop peu pour elle : elle les dépasse, les transcende, redonnant par son étourdissante agilité et sa grâce sauvage la dimension magique de la danse telle qu’elle s’enracine dans l’origine de l’humanité.

Pour elle, il n’existe pas de figures trop ardues ou de propositions trop inhabituelles.

Artiste-athlète accomplie, elle donne tout à la danse et, en retour, la danse lui autorise toutes les audaces chorégraphiques possibles.

Sous ses pas, les œuvres chorégraphiques ont le pouvoir de nous porter de l’étonnement au ravissement, en passant par la tristesse et l’allégresse indicibles des profondeurs insondables de l’âme.

Aussi, pour avoir insufflé une grande part de cette puissance d’évocation qui a changé l’univers de la danse québécoise;

Pour être une intarissable source d’inspiration pour les danseurs et chorégraphes du Québec et de partout ailleurs;

Pour avoir, dans un esprit d’absolue liberté et d’étonnante modernité, transformé sa discipline pour en faire une suite de rendez-vous inoubliables;

Pour avoir contribué à faire de sa discipline une expression artistique intégrale et profondément originale, tant dans sa forme classique que dans ses manifestations contemporaines;

J’ai l’honneur de remettre à madame Louise Lecavalier le prix Denise-Pelletier 2017.

Prix Guy-Mauffette - Jean-Claude Lord
Merci, Monsieur Derome.

Monsieur Jean-Claude Lord reçoit aujourd’hui le prix Guy-Mauffette récompensant une prestigieuse carrière en télévision.

Résumer sa carrière télévisuelle à la série Lance et compte dont il a fait l’un des plus grands succès de l’histoire de la télévision québécoise, mais également dans la francophonie, serait trop réducteur, mais faire la liste de ses réalisations représente cependant un très long temps d’antenne.

Si on pouvait lui prêter des devises personnelles, j’en verrais trois.

La première dirait : l’important, c’est de tourner, la deuxième irait comme suit : n’en faire qu’à sa tête est un excellent moyen d’avancer et la troisième résumerait son parcours par ces mots : ne vous excusez jamais de vos réussites.

La première renvoie au fait que cet homme représente la quintessence de l’artiste dans son désir inextinguible de créer, de travailler sans relâche la forme et le fond, de produire du sens et de l’émotion à partir d’une réflexion, d’un fait de société, d’une indignation.

La seconde nous rappelle que ce créateur déterminé n’a jamais renoncé à filmer, à sa manière, des sujets d’actualité, ce qui lui a conféré une facture inclassable et, surtout, inimitable parmi ses pairs.

La troisième rappelle que savoir joindre un vaste public correspond à un don recherché, à une marque de talent, ainsi qu’à la capacité de partager le fruit de son travail avec le plus grand nombre.

À ses yeux, il faut avant tout, dans ce métier, trouver le moyen de porter à l’écran ses idées et de savoir quelle forme donner à ses histoires : drame, science-fiction, suspense, documentaire, horreur, films pour tous, thriller, films musicaux, documentaires et critiques sociales.

Aussi, pour sa capacité unique à user de l’image pour créer d’inoubliables œuvres télévisuelles contemporaines;

Pour son engagement indéfectible à produire des œuvres de grande qualité;

Pour ces milliers d’heures de divertissement, d’intensité, de réflexion et d’émotions pendant lesquelles nous mettons de côté nos tracas quotidiens pour suivre les aventures de ses personnages;

Pour son esprit visionnaire et son obstination à porter à l’écran ses idées, parfois envers et contre tous, s’inscrivant ainsi durablement dans l’histoire;

J’ai l’honneur de remettre à monsieur Jean-Claude Lord le prix Guy-Mauffette.

Prix Georges-Émile-Lapalme - Guy Bertrand
Merci, Monsieur Derome.

Promouvoir le bon usage de la langue française pour favoriser une meilleure communication est, pour Guy Bertrand, une véritable vocation.

Monsieur Bertrand transmet avec passion son savoir aux francophones et francophiles du Québec, du Canada et, depuis l’arrivée d’Internet, à des centaines de milliers de personnes de tous les horizons géographiques et professionnels.

Ses capsules linguistiques radiophoniques nous sont à ce point familières qu’elles semblent partie intrinsèque de notre quotidien, nous livrant chacune, de façon simple, des outils pourtant très efficaces avec un humour pince-sans-rire des plus rafraîchissants.

S’il possède la rigueur qui sied à un langagier, il se garde bien de faire la leçon.

En témoigne cette tendresse qu’il a pour les québécismes et qui lui a valu l’estime de l’équipe du dictionnaire Le Petit Robert qui lui soumet des mots et expressions bien de chez nous afin de les admettre dans de nouvelles éditions.

Aussi, pour avoir pris fait et cause pour la langue française dont la richesse tient non seulement à l’abondance de ses mots mais aussi à la justesse de leur emploi;

Pour avoir promu et valorisé la langue française afin qu’elle demeure une composante fondamentale de l’identité culturelle de la société québécoise alors que la Charte de la langue française célèbre, comme les Prix du Québec, quarante ans d’histoire;

Pour avoir plaidé au long de sa carrière pour une langue de qualité vivante et créative à l’image de notre culture;

Pour son apport exceptionnel au rayonnement de la langue française;

J’ai l’honneur de remettre à monsieur Guy Bertrand le prix Georges-Émile-Lapalme 2017.

Prix Albert-Tessier - Michèle Cournoyer
Merci, Monsieur Derome.

Dès les premières années de sa carrière, madame Michèle Cournoyer s’est démarquée par un parti pris assumé pour l’harmonie et la nuance.

Elle ne s’est jamais départie de cette simplicité et de cette intensité douce dans l’émotion. Et, pourtant, on qualifie certaines de ses œuvres de percutantes, puissantes, voire bouleversantes.

Ce n’est pas le seul paradoxe apparent de sa démarche; l’une de ses productions – unanimement louangée – a vu le jour lorsqu’elle a mis de côté les outils performants de l’informatique pour adopter le pinceau et l’encre noire.

Bien lui en prit : ce film, Le Chapeau, figure au palmarès des 100 plus importants courts métrages d’animation de tous les temps.

Celui-ci est, à l’instar de ses autres productions, projeté dans nombre d’institutions et festivals du monde, d’Annecy à Zagreb, en passant par Chicago, Hiroshima, Toronto... et tant d’autres.

Quand on pense que ces productions ne dépassent pas 16 minutes, on réalise ce qu’il faut de talent et de travail pour tant dire et faire court à la fois.

Dès lors, il n’est pas étonnant qu’on la considère comme l’une de ces rares artistes ayant été touchée par la grâce, capable d’évoquer l’intime dans l’universel, la beauté au cœur de la hideur et la détresse dans les courants dits « normaux » de notre société.

Aussi, pour avoir poussé la technique de la métamorphose jusque dans des limites inexplorées en animation cinématographique;

Pour s’être distinguée par des œuvres d’une éloquence et d’une beauté formelle envoûtantes;

Pour avoir illustré, avec une sensibilité ardente et épidermique, le destin des âmes et des corps;

Pour avoir, par son audace et sa créativité, contribué à faire de l’animation une signature de la culture québécoise dans le monde;

J’ai l’honneur de remettre à madame Michèle Cournoyer le prix Albert-Tessier.

Conclusion
Merci encore, Monsieur Derome.

À l’image de la profusion de talents qui ont été mis en lumière et récompensés aujourd’hui, cette cérémonie qui s’achève a été riche en émotions.

Année après année, la cérémonie de remise des Prix du Québec se révèle un moment privilégié alors que s’inscrivent durablement dans l’histoire des personnes exceptionnelles.

Je remercie monsieur Derome, lauréat du prix Guy-Mauffette 2016, ainsi que madame Borde qui ont accepté de co-animer cette cérémonie, faisant la part belle à la culture et à la science dans un duo des plus professionnels.

Je remercie également monsieur Frappier et madame Mendell qui ont accepté de témoigner de leur expérience comme récipiendaire d’un Prix du Québec.

J’invite enfin celles et ceux d’entre vous qui connaissez des sommités dans leur domaine culturel ou scientifique à proposer leur candidature pour la prochaine édition.
Le Québec recèle quantité de personnes de talent qui, dans leur domaine respectif, contribuent à rendre meilleure notre société.

Parmi elles, les lauréates et lauréats auxquels un hommage a été rendu aujourd’hui. Mesdames, messieurs, je vous encourage à poursuivre votre formidable travail et à continuer d’inspirer la relève.

Vous faites notre fierté.

Merci.

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